Hier soir, entre 2h et 4h du matin, je me suis pris au jeu de la relecture. Etranges impressions après avoir laissé ce blog sans nouvelle de moi pendant un long moment … c’est marrant de voir écrit la partie émergé de l’iceberg, quand on sait sa totalité de l’aventure.
Petite remise à niveau au passage, parce que de très belles choses sont arrivées dans ma vie depuis mon dernier post.
J’ai rencontré Rosa Ana Fernandes de Lima le vendredi 6 Mars 2009. Le matin même, à l’aéroport Charles De Gaulle, je rentrais de mon 3ème voyage au Brésil. Après avoir été accueilli magistralement par Jeannot, j’avais finalement décidé, sans surprise, de passer au café de la Plage pour revoir les loulous du samba « parisiense » et jouer un peu de musique.
On s’est rencontré par l’intermédiaire de Luisa, une très bonne amie de Fil (je reparlerai de mon ami Fil plus bas), qui était à Paris depuis la rentrée précédente pour étudier à la Faculté de Paris VIII, fameuse pour sa densité d’étudiants venus de toute la planète. J’ai su plus tard que Rosa était décidée à ne pas sortir ce soir là, que les sorties parisiennes dans le monde du samba ne l’attiraient guère, et qu’elle n’était pas très disposée à se faire « draguer » par un petit français. Aujourd’hui, elle s’appelle Rosa Ana Druot de Lima, et c’est ma femme. Nous nous sommes mariés le Samedi 10 Juilet 2010 au « cartorio » (Notaire) de Catete, un quartier situé entre Flamengo et le centre de Rio de Janeiro.
Après plus de 6 mois de démarche, on ne pensait plus pouvoir se marier là-bas, entre les délais administratifs, le fait que j’étais, déjà depuis quelques mois, en situation illégale dans le pays, et que j’avais un billet retour pour le 12 Juillet. Le Jeudi 8, on a su que c’était possible, et le Samedi 10 à 9h30 du matin (après une soirée très fortement arrosée) nous étions mari et femme, après l’avoir espéré, rêvé pendant des mois. Et nous sommes rentrés à Paris après un an à Rio …
Nous habitons aujourd’hui le quartier de la Fourche, dans le 17ème à Paris, dans un charmant 2 pièces où nous pouvons pleinement profiter de la chance, du bonheur d’être à deux.
J’avouerai ici que lorsque que j’ai quitté Sophie à l’été 2007, après un peu plus de 9 années de vie commune, j’étais persuadé que jamais plus je ne rencontrerai une personne avec qui je pourrais avoir autant de complicité, parce que les gens ne se permettent plus d’aimer (moi y compris à l’époque), que je suis assez « spécial » dans mon genre, et que je ne crois pas qu’il soit facile en soi de vivre avec moi. J’étais un ours mal léché comme on dit, mais Rosa m’a beaucoup changé, pour le bien de tout le monde autour de moi, et pour mon plus grand bonheur.
Petite parenthèse à propos de Felipe Fernandez Messina da Cunha, dit « Fil ». Nous sommes devenus amis à Rio pendant le carnaval 2009, il a été mon élève de français, puis les cours ont dérivés en ballades socio-psycho-philosophiques à travers la ville, à la manière des péripatéticiens grecs de l’antiquité.
Rares sont les rencontres où tout semble facile, où l’on sent l’amour et l’empathie de l’autre sans avoir à en faire la demande, où l’on se donne tout sans espérer plus que l’amitié de l’autre. J’avais déjà eu la chance de le vivre en arrivant à Paris avec un « certain » Christophe, qui m’avait ouvert en grand ses bras, sans rien me demander en retour. J’avais presque été gêné, à l’époque, de recevoir autant d’affection gratuite. Pas l’habitude. Un de ces jours, je ferai un post juste sur ce qu’a été cette rencontre pour moi, et il y a bien des choses à dire en somme. Pour l’anecdote, je les ai présenté l’un à l’autre en ces termes : « Christophe, je te présente Fil, c’est mon Christophe de Rio. Fil, je te présente Christophe, c’est mon Fil de Paris ». En vérité, j'ai connu ça avec deux autres personnes à l'époque où je suis arrivé à Paris : Bruno et Vincent, qui mériteraient que je leur dédie un post aussi.
Fil voulait découvrir Paris, l’Europe, lui qui a des origines italiennes (Messina est une ville et une province de Sicile), il est donc venu en France par la suite et je l’ai accueilli chez moi. Nous avons vécu pendant trois mois à trois dans 18 m², avec Rosa, et il faut bien dire que ça c’est très bien passé, ce qui n’est pas évident dans ce genre de situation.
Felipe est l’opposé du stéréotype carioca, ou plus généralement brésilien. Il est grand, sec, porte des lunettes de myope, fait preuve d’ironie en permanence, voir de cynisme par moment. En réalité, il est quand même très carioca parce qu’il fait beaucoup de sport, est passionné de musique (c’est un excellent DJ, rarement vu d’aussi bon en terme de culture musicale internationale), qu’il est supporter à la vie à la mort du club de football de Flamengo (on s’est fait des soirées Copa Libertadores, la Champion’s League sud-américaine, au Maracanã, dont je pense me rappeler encore dans 50 ans), et qu’il est d’un machisme à toute épreuve.
Fil est mon ami, et il restera de toute façon comme le compagnon masculin le plus important de cette période « carioquesque » de ma vie. Il est mon demi-frère brésilien. En réalité, je pense que l’amitié n’existe pas, il n’y a que la famille ou le sentiment filial qui nous pénètre vraiment, le reste n’est qu’illusion des sens. Certaines personnes sont déjà de ta famille alors que tu ne les connais pas encore, d’autres sont proches mais n’en feront jamais partie.
Pour terminer ce post, donc, je dirais que ces dernières années, qui me paraissent tellement éloignés alors que j’écris ces lignes, sont mon apprentissage, ma déchéance, mes régressions, les bases de mon épanouissement, ma vanité, mon orgueil, et elles marquent la fin de cette solitude accompagnée que je connaissais depuis que je m’étais éveillé au monde, je devais avoir 16 ans à l’époque, et jusqu’alors je pensais m’appeler « Silence Planques-toi ». Aujourd’hui, je suis deux, et bientôt peut-être, nous serons trois.
Se Deus quiser … (Si Dieu le veut)
Et n’oubliez pas, dans la vie, il est nécessaire d’arrêter de continuer de cesser, sinon on est foutu. En même temps, « le chemin le plus court pour aller de la barbarie à la décadence passe par la civilisation … » (Jacques Brel).
@ plus
mercredi 6 avril 2011
dimanche 9 mai 2010
Quand "Cotidiano" rime avec Rio de Janeiro ...
Les mois passent et je ne me rends finalement plus compte que je suis au Brésil, à Rio de Janeiro. Sentiment assez compréhensible je pense, assez logique. Mon quotidien semble avoir retrouvé son apparence habituelle, celle qu’elle a toujours eue. La grosse différence finalement, c’est la façon dont je perçois ma vie au quotidien.
Rio de Janeiro, cette ville qui ne m’intéressait guère quand j’étais adolescent. Elle m’apparaissait comme la cité d’un grand bordel annuel et comme la capitale mondiale du « futebol » et des filles en string. A l’époque j’étais plutôt branché Beatles et Grèce antique. Elle a ensuite successivement pris la forme d’un rêve de ville de culture populaire, le samba, le contact, le sentiment fort de vie, puis très vite, la forme d’un cauchemar de ville de grandes solitudes, où l’on « replonge dans la multitude au pas cadencé » comme disait Sardou dans les années 70.
Parallèlement, un autre sentiment a commencé à naitre en moi. Pendant que mourrait petit à petit le rêve adolescent d’un endroit idéal à ma personne, est apparu un certain calme intérieur, une forme de stoïcisme inattendue. Je ne crois pas être de ce genre de caractère serein, assumant les difficultés comme une simple métaphore des marches de l’accomplissement. Mon coté émotif m’en avait toujours empêché. Il semble que pour moi ça aura été plus compliqué d’arriver à manifester ce genre de comportements. Le mécanisme est présent depuis le tout début de mes voyages, à vrai dire peut-être même depuis mon arrivée à Paris, et semble avoir attendu cette année 2010 pour finir son processus. Une thérapie cognitivo-comportementale par immersion progressive au final. Pour un ex-étudiant en psycho qui avait choisi comme spécialisation la psychologie clinique, l’autre école de pensée dans cette guerre des psychologies entre neuro-cognitivistes suffisants et défenseurs des « tables de la loi » de l’entretien clinique gravées par Freud, Jung, Lacan et consort, c’est un sacré clin d’œil.
Depuis quelques temps, je me sens homme, comme remis dans ma perspective réelle. Je suis un homme, j’ai été préparé pour ça, de la race des humains. Et tout ça me parait complètement juste, normal, logique et irréfutablement vrai. D’une certaine façon, je crois que mon égo me laisse beaucoup plus en paix ces derniers temps. Mon idéalisme semble avoir arrêté de déconstruire ma vie, peut-être aussi par manque de matériel à détruire à force, et l’homme-jésuite que la nature et mon père ont programmé que je sois semble arriver à maturité.
C’est marrant le destin, ou plutôt notre capacité à tracer des lignes intelligibles a posteriori sur le passé, mais je pense à Paulo Coelho, auteur brésilien de son état, que ma mère m’avait conseillé.
« L’Alchimiste » est un roman à tendance philosophique, le genre de livre que je ne lis pas à cause de leur coté dogmatique. J’avais finalement lu ce livre et avec un certain plaisir pour le souvenir que j’en ai. C’était il y a plus de 15 ans.
Le « pitch » c’est l’histoire d’un jeune berger andalou qui rêve d’un trésor au pied des pyramides et qui va entreprendre d’aller le trouver sur place. Parcours initiatique au programme donc. Lui parle de « retrouver sa légende personnelle ». Un autre clin d’œil en somme. Paulo m’avait déjà tout expliqué. J’avais cherché un « ici mieux là-bas », pour finalement découvrir un « ailleurs », que j’ai aimé. Aujourd’hui je commence à accepter la possibilité permanente d’un « ailleurs », sentiment indispensable, s’il en est, à se sentir bien « ici ».
Et pour finir je ne peux pas ne pas évoquer « La Danse de la réalité » d’Alejandro Jodorowsky, qui pourrait ressembler à son mystique voisin d’Amérique du sud, mais qui est définitivement bien plus. Je vous laisse avec cette phrase qui fait la 4ème de couverture de mon édition : « M'étant séparé de mon moi illusoire, j’ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie ».
@ plus tard
Rio de Janeiro, cette ville qui ne m’intéressait guère quand j’étais adolescent. Elle m’apparaissait comme la cité d’un grand bordel annuel et comme la capitale mondiale du « futebol » et des filles en string. A l’époque j’étais plutôt branché Beatles et Grèce antique. Elle a ensuite successivement pris la forme d’un rêve de ville de culture populaire, le samba, le contact, le sentiment fort de vie, puis très vite, la forme d’un cauchemar de ville de grandes solitudes, où l’on « replonge dans la multitude au pas cadencé » comme disait Sardou dans les années 70.
Parallèlement, un autre sentiment a commencé à naitre en moi. Pendant que mourrait petit à petit le rêve adolescent d’un endroit idéal à ma personne, est apparu un certain calme intérieur, une forme de stoïcisme inattendue. Je ne crois pas être de ce genre de caractère serein, assumant les difficultés comme une simple métaphore des marches de l’accomplissement. Mon coté émotif m’en avait toujours empêché. Il semble que pour moi ça aura été plus compliqué d’arriver à manifester ce genre de comportements. Le mécanisme est présent depuis le tout début de mes voyages, à vrai dire peut-être même depuis mon arrivée à Paris, et semble avoir attendu cette année 2010 pour finir son processus. Une thérapie cognitivo-comportementale par immersion progressive au final. Pour un ex-étudiant en psycho qui avait choisi comme spécialisation la psychologie clinique, l’autre école de pensée dans cette guerre des psychologies entre neuro-cognitivistes suffisants et défenseurs des « tables de la loi » de l’entretien clinique gravées par Freud, Jung, Lacan et consort, c’est un sacré clin d’œil.
Depuis quelques temps, je me sens homme, comme remis dans ma perspective réelle. Je suis un homme, j’ai été préparé pour ça, de la race des humains. Et tout ça me parait complètement juste, normal, logique et irréfutablement vrai. D’une certaine façon, je crois que mon égo me laisse beaucoup plus en paix ces derniers temps. Mon idéalisme semble avoir arrêté de déconstruire ma vie, peut-être aussi par manque de matériel à détruire à force, et l’homme-jésuite que la nature et mon père ont programmé que je sois semble arriver à maturité.
C’est marrant le destin, ou plutôt notre capacité à tracer des lignes intelligibles a posteriori sur le passé, mais je pense à Paulo Coelho, auteur brésilien de son état, que ma mère m’avait conseillé.
« L’Alchimiste » est un roman à tendance philosophique, le genre de livre que je ne lis pas à cause de leur coté dogmatique. J’avais finalement lu ce livre et avec un certain plaisir pour le souvenir que j’en ai. C’était il y a plus de 15 ans.
Le « pitch » c’est l’histoire d’un jeune berger andalou qui rêve d’un trésor au pied des pyramides et qui va entreprendre d’aller le trouver sur place. Parcours initiatique au programme donc. Lui parle de « retrouver sa légende personnelle ». Un autre clin d’œil en somme. Paulo m’avait déjà tout expliqué. J’avais cherché un « ici mieux là-bas », pour finalement découvrir un « ailleurs », que j’ai aimé. Aujourd’hui je commence à accepter la possibilité permanente d’un « ailleurs », sentiment indispensable, s’il en est, à se sentir bien « ici ».
Et pour finir je ne peux pas ne pas évoquer « La Danse de la réalité » d’Alejandro Jodorowsky, qui pourrait ressembler à son mystique voisin d’Amérique du sud, mais qui est définitivement bien plus. Je vous laisse avec cette phrase qui fait la 4ème de couverture de mon édition : « M'étant séparé de mon moi illusoire, j’ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie ».
@ plus tard
vendredi 5 février 2010
Je vais rester un peu plus ...
... parce que serait vraiment con de rentrer maintenant à Paris.
Parce que Rosa ne doit être en France que pour la rentrée prochaine, parce que "vivre" me coute moins cher ici, parce que je n'ai pas très envie de rentrer alors que je commence à me sentir mieux adapté, plus lucide que jamais sur ce pays.
Même si je sais que quel que soit l'angle de vue, la vie est plus facile en France, plus tranquille, en même temps je n'ai jamais caché sur ce blog mon besoin d'aventure. Et justement, je voulais en profiter pour clarifier l'idée que l'on pouvait avoir de "l'aventure" que je vis ici depuis maintenant 4 ans que je voyage entre Paris et Rio de Janeiro.
Déjà, et c'est le plus important, aventure ne veut pas dire rencontres, fêtes, alcools, drogues, etc... même si je ne nie pas qu'il ait pu arriver quelques allégresses cariocas. En réalité il est beaucoup plus question de solitude, de s'affronter soi-même, d'affronter une culture qu'on ne connait pas, des préjugés différents. Le temps passé ici s'étale lentement. Et j'aime ça.
Je n'ai que peu d'amis ici, en réalité un seul, et quelques connaissances. Venir à Rio n'est pas un choix de facilité sociale, ou de fuite d'une réalité parisienne difficile, mais bien au contraire un défi de rencontrer vraiment la différence, seul contre tous (même si je suis très bien accompagné), dans ce qui doit être un des endroits les plus superficiels du monde, et dans lequel rencontrer vraiment quelqu'un reste très difficile.
Ensuite, ça ne veut pas dire liberté, parce qu'ici je ne suis qu'un touriste pour l'instant, je n'ai donc aucun droit de travailler, donc de vivre. On m'a juste donné le droit de passer, de regarder.
Enfin, ça ne veut pas dire légèreté, insouciance, ou vacances. On ne peut pas passer autant de temps ici sans que rentre à l'intérieur de vous ce sentiment réel de danger lié à la guérilla urbaine que se livre les trafiquants et la police militaire, sans parler des violences gratuites liées aux grandes agglomérations. Je pense également que pour passer des vacances il faut de l'argent, ce qui n'est pas mon cas. Vivre au soleil sans argent, ce n'est pas forcément le paradis qu'on imagine. Aznavour dit vraiment des conneries dans sa chanson ...
Voilà,
c'était en passant,
je vous brasse bien fort.
Parce que Rosa ne doit être en France que pour la rentrée prochaine, parce que "vivre" me coute moins cher ici, parce que je n'ai pas très envie de rentrer alors que je commence à me sentir mieux adapté, plus lucide que jamais sur ce pays.
Même si je sais que quel que soit l'angle de vue, la vie est plus facile en France, plus tranquille, en même temps je n'ai jamais caché sur ce blog mon besoin d'aventure. Et justement, je voulais en profiter pour clarifier l'idée que l'on pouvait avoir de "l'aventure" que je vis ici depuis maintenant 4 ans que je voyage entre Paris et Rio de Janeiro.
Déjà, et c'est le plus important, aventure ne veut pas dire rencontres, fêtes, alcools, drogues, etc... même si je ne nie pas qu'il ait pu arriver quelques allégresses cariocas. En réalité il est beaucoup plus question de solitude, de s'affronter soi-même, d'affronter une culture qu'on ne connait pas, des préjugés différents. Le temps passé ici s'étale lentement. Et j'aime ça.
Je n'ai que peu d'amis ici, en réalité un seul, et quelques connaissances. Venir à Rio n'est pas un choix de facilité sociale, ou de fuite d'une réalité parisienne difficile, mais bien au contraire un défi de rencontrer vraiment la différence, seul contre tous (même si je suis très bien accompagné), dans ce qui doit être un des endroits les plus superficiels du monde, et dans lequel rencontrer vraiment quelqu'un reste très difficile.
Ensuite, ça ne veut pas dire liberté, parce qu'ici je ne suis qu'un touriste pour l'instant, je n'ai donc aucun droit de travailler, donc de vivre. On m'a juste donné le droit de passer, de regarder.
Enfin, ça ne veut pas dire légèreté, insouciance, ou vacances. On ne peut pas passer autant de temps ici sans que rentre à l'intérieur de vous ce sentiment réel de danger lié à la guérilla urbaine que se livre les trafiquants et la police militaire, sans parler des violences gratuites liées aux grandes agglomérations. Je pense également que pour passer des vacances il faut de l'argent, ce qui n'est pas mon cas. Vivre au soleil sans argent, ce n'est pas forcément le paradis qu'on imagine. Aznavour dit vraiment des conneries dans sa chanson ...
Voilà,
c'était en passant,
je vous brasse bien fort.
mardi 10 novembre 2009
Une maison à Rio ...
Alors voilà, nous y sommes, le commencement du début, la fin de la pré-introduction, ...
[...]
APAGÃO il appelle ça ! Coupure d'électricité générale sur 9 états. Hallucinant. L'état de Rio de Janeiro entièrement dans le noir ... J'avais jamais vécu ça, c'est bizarre. Presque 3 heures je pense. Mes fenêtres donnent sur une petite place où les gens se sont réunis pour boire des bières, et jouer de la musique. Et là putain je dis OUI, là oui je dis PUTAIN !!! Quel beau pays ...
Excusez l'interlude, mais je commençais à peine à écrire quand c'est arrivé, et je me souviendrai longtemps de la place dans le noir avec juste le bruit des gens et de la musique, juste la petite lumière pâle du van qui vend des bières et des sandwiches, le bruit sourd de la ville qui monte et qui dit que le danger se multiplie dans l'obscurité, le bruit des gens et de la musique sur la place dans le noir complet, et moi, au bord de la fenêtre. La fenêtre de ma maison.
[...]
Alors voilà, j'habite 32 rue senador Corrêa, Laranjeiras, Rio de Janeiro, RJ, Brésil. Pour ceux qui connaissent la place São Salvador, c'est cette rue qui arrive sur la place au niveau du vendeur de jus de fruit. J'habite au dessus du vendeur de jus de fruit, le "Copa 74".
Petite remarque au passage sur le choix improbable du nom de cette loga de suco (pour rappel, cette coupe du monde a été une démonstration du "Football total" des Pays-Bas de Johan Cruyff, perdant en finale contre le pays hôte : l'Allemagne de Franz Beckenbauer, grand libéro-meneur de jeu devant l'éternel ... ou le Brésil, champion du monde en titre, perd la petite finale contre la Pologne).
Les fenêtres donnent sur le kiosque à musique de la place. Dimanche, c'était grasse matinée avec Choro de 11h à 14h, là, en bas.
Le soleil s'est installé depuis une semaine sur la ville, et c'est allégrement qu'on étouffe par 35°C (tout trempés, tout humides les degrés), en se désaltérant le plus possible. Ce bout de printemps après deux mois de pluie est particulièrement violent.
Les ventilateurs tournent en continu dans l'appartement, et ce soir, oh ! bonheur ! une grasse pluie est venue rafraîchir l'ambiance pesante qui régnait jusqu'alors.
Les élèves se bousculaient pas trop non plus, mais là ça commence à tomber, c'est d'ailleurs marrant l'analogie entre les cours particuliers à Rio et la jardinerie. En bref, après deux mois de "j'y crois pas trop", je commence à entrevoir le bout du tunnel. Je ne dis pas non plus que je sais ce qu'il y a après le tunnel.
Je vais essayer d'envoyer plus de post, c'est quand bien bon d'écrire de temps en temps ...
[...]
APAGÃO il appelle ça ! Coupure d'électricité générale sur 9 états. Hallucinant. L'état de Rio de Janeiro entièrement dans le noir ... J'avais jamais vécu ça, c'est bizarre. Presque 3 heures je pense. Mes fenêtres donnent sur une petite place où les gens se sont réunis pour boire des bières, et jouer de la musique. Et là putain je dis OUI, là oui je dis PUTAIN !!! Quel beau pays ...
Excusez l'interlude, mais je commençais à peine à écrire quand c'est arrivé, et je me souviendrai longtemps de la place dans le noir avec juste le bruit des gens et de la musique, juste la petite lumière pâle du van qui vend des bières et des sandwiches, le bruit sourd de la ville qui monte et qui dit que le danger se multiplie dans l'obscurité, le bruit des gens et de la musique sur la place dans le noir complet, et moi, au bord de la fenêtre. La fenêtre de ma maison.
[...]
Alors voilà, j'habite 32 rue senador Corrêa, Laranjeiras, Rio de Janeiro, RJ, Brésil. Pour ceux qui connaissent la place São Salvador, c'est cette rue qui arrive sur la place au niveau du vendeur de jus de fruit. J'habite au dessus du vendeur de jus de fruit, le "Copa 74".
Petite remarque au passage sur le choix improbable du nom de cette loga de suco (pour rappel, cette coupe du monde a été une démonstration du "Football total" des Pays-Bas de Johan Cruyff, perdant en finale contre le pays hôte : l'Allemagne de Franz Beckenbauer, grand libéro-meneur de jeu devant l'éternel ... ou le Brésil, champion du monde en titre, perd la petite finale contre la Pologne).
Les fenêtres donnent sur le kiosque à musique de la place. Dimanche, c'était grasse matinée avec Choro de 11h à 14h, là, en bas.
Le soleil s'est installé depuis une semaine sur la ville, et c'est allégrement qu'on étouffe par 35°C (tout trempés, tout humides les degrés), en se désaltérant le plus possible. Ce bout de printemps après deux mois de pluie est particulièrement violent.
Les ventilateurs tournent en continu dans l'appartement, et ce soir, oh ! bonheur ! une grasse pluie est venue rafraîchir l'ambiance pesante qui régnait jusqu'alors.
Les élèves se bousculaient pas trop non plus, mais là ça commence à tomber, c'est d'ailleurs marrant l'analogie entre les cours particuliers à Rio et la jardinerie. En bref, après deux mois de "j'y crois pas trop", je commence à entrevoir le bout du tunnel. Je ne dis pas non plus que je sais ce qu'il y a après le tunnel.
Je vais essayer d'envoyer plus de post, c'est quand bien bon d'écrire de temps en temps ...
mardi 15 septembre 2009
Un nouveau départ ...
Ici il pleut depuis quelques jours, et la température est un peu fraiche pour ce qu'on appelle les tropiques. Entre 15 et 20 degrés sous les nuages. Par contre, dès que le soleil tape un peu dans l'après-midi, on décolle jusqu'au 30° très rapidement. Voilà pour les amateurs de météorologie.
J'essaye d'organiser mes cours de français, j'ai trois élèves potentiels. Je dis potentiel parce que je ne saurai que dans la fin de semaine si ça va marcher. Trois filles en vérité, une par mailing, une par Isadora, et la cousine de Miguel qui doit passer une épreuve de français en Mars, elle qui n'a jamais étudié la moindre phrase de la langue de Molière de toute sa vie.
On va commencer à chercher plus sérieusement un appartement avec Rosa, pour l'instant on s'était laissé profiter de la présence de l'autre.
...
C'est fou la peur que j'ai à chaque fois que je viens ici. Ne serait-ce que traverser l'Atlantique en avion, déjà, c'est un truc de fou. C'est mon vol le plus chaotique depuis la première fois en 2006, et 11/12h c'est long sans escales. Une certaine peur de mourir donc, aussi parce que je sais qu'à Rio il faut rester très attentif à ce qui se passe autour de soi, ça pourrait avoir l'air d'être tellement sans danger comme ça, et puis non. Pour la première fois, j'habite à Santa Teresa, c'est le Montmartre d'ici mais en beaucoup plus grand, une colline ou s'éparpillent des quartiers de la classe moyenne (très prisé par les musiciens car "Lapa", le quartier des bars musicaux, est juste en bas coté centre de la ville) et des favelas plus ou moins dangereuses, même si elles le sont toutes d'une certaine manière. Tous les jours j'entends des tirs de balles et des feux d'artifices, et j'ai appris très rapidement à faire la différence entre les deux sons. De la sémiologie des favelas, j'ai appris qu'un tir de balle sert à avertir, comme un tir de feu d'artifice, mais que certaines symphonies pétaradantes en disent long sur la guerre qui se déroule dans cette ville. J'habite à l'interieur, presque au centre même de cet ensemble de colline de Santa Teresa, et juste en face, sur l'autre versant qui monte en face de la petite vallée, se trouve une favela. On est trop loin pour être à porté de tir, mais trop près pour ne pas sentir la vie des gens qui y habite.
...
Il y a la aussi peur d'être dépassé par l'énérgie de cette ville, qui, comme Paris, est un appareil digestif social et psychologique. Elle vous mange, vous digère, pour créer sa propre énérgie. Et ici, c'est beaucoup plus grand que notre Paris, 15 millions de personnes juste dans Rio, entre la Zona Norte et la Zona Sul. C'est un ogre qu'il va falloir affronter, alors que notre capitale pourrait sembler de taille humaine. L'avantage, c'est d'être dans des conditions optimales pour continuer à étudier le "Surf social". Sport national ici je pense, il s'agit de se mettre en attente permanente de la vague de bonne énergie, et de savoir la prendre au passage. Un brin individualiste n'est-il pas, mais libèrant d'un certain poids de l'autre, que j'ai personnellement dans mon éducation, et qui me semble plus généralement présent dans les cultures européennes.
...
Et puis il y a la peur de ne pas réussir à gagner assez d'argent pour vivre heureux ici, parce que je sais qu'ici la notion de salaire à la fin du mois est plus aléatoire qu'en France, que je ne dois plus penser comme un français, sinon "fudeu" (je suis "foutu", enfin pour le dire gentillement).
...
Bref, un vrai putain de nouveau départ ...
J'essaye d'organiser mes cours de français, j'ai trois élèves potentiels. Je dis potentiel parce que je ne saurai que dans la fin de semaine si ça va marcher. Trois filles en vérité, une par mailing, une par Isadora, et la cousine de Miguel qui doit passer une épreuve de français en Mars, elle qui n'a jamais étudié la moindre phrase de la langue de Molière de toute sa vie.
On va commencer à chercher plus sérieusement un appartement avec Rosa, pour l'instant on s'était laissé profiter de la présence de l'autre.
...
C'est fou la peur que j'ai à chaque fois que je viens ici. Ne serait-ce que traverser l'Atlantique en avion, déjà, c'est un truc de fou. C'est mon vol le plus chaotique depuis la première fois en 2006, et 11/12h c'est long sans escales. Une certaine peur de mourir donc, aussi parce que je sais qu'à Rio il faut rester très attentif à ce qui se passe autour de soi, ça pourrait avoir l'air d'être tellement sans danger comme ça, et puis non. Pour la première fois, j'habite à Santa Teresa, c'est le Montmartre d'ici mais en beaucoup plus grand, une colline ou s'éparpillent des quartiers de la classe moyenne (très prisé par les musiciens car "Lapa", le quartier des bars musicaux, est juste en bas coté centre de la ville) et des favelas plus ou moins dangereuses, même si elles le sont toutes d'une certaine manière. Tous les jours j'entends des tirs de balles et des feux d'artifices, et j'ai appris très rapidement à faire la différence entre les deux sons. De la sémiologie des favelas, j'ai appris qu'un tir de balle sert à avertir, comme un tir de feu d'artifice, mais que certaines symphonies pétaradantes en disent long sur la guerre qui se déroule dans cette ville. J'habite à l'interieur, presque au centre même de cet ensemble de colline de Santa Teresa, et juste en face, sur l'autre versant qui monte en face de la petite vallée, se trouve une favela. On est trop loin pour être à porté de tir, mais trop près pour ne pas sentir la vie des gens qui y habite.
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Il y a la aussi peur d'être dépassé par l'énérgie de cette ville, qui, comme Paris, est un appareil digestif social et psychologique. Elle vous mange, vous digère, pour créer sa propre énérgie. Et ici, c'est beaucoup plus grand que notre Paris, 15 millions de personnes juste dans Rio, entre la Zona Norte et la Zona Sul. C'est un ogre qu'il va falloir affronter, alors que notre capitale pourrait sembler de taille humaine. L'avantage, c'est d'être dans des conditions optimales pour continuer à étudier le "Surf social". Sport national ici je pense, il s'agit de se mettre en attente permanente de la vague de bonne énergie, et de savoir la prendre au passage. Un brin individualiste n'est-il pas, mais libèrant d'un certain poids de l'autre, que j'ai personnellement dans mon éducation, et qui me semble plus généralement présent dans les cultures européennes.
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Et puis il y a la peur de ne pas réussir à gagner assez d'argent pour vivre heureux ici, parce que je sais qu'ici la notion de salaire à la fin du mois est plus aléatoire qu'en France, que je ne dois plus penser comme un français, sinon "fudeu" (je suis "foutu", enfin pour le dire gentillement).
...
Bref, un vrai putain de nouveau départ ...
mardi 8 septembre 2009
Rio 6 mois plus tard ...
Qui aurait cru (même pas moi pour dire la vérité) que je retournerai à Rio aussi vite. C'est à la fois normal, et complétement fou. Je reviens exactement 6 mois après mon départ, départ qui fut d'une tristesse incroyable. Finalement ce retour sur Paris aura changé ma vie du tout au tout.
Je me sens beaucoup plus tranquille que l'année dernière, plus serein, plus posé. Je ne suis pas tout seul non plus. Je parle autrement mieux portugais du Brésil, pour avoir passé tout mon temps en France avec des brésiliens de toutes sortes, et fuit énormément le milieu français du samba.
Je sais aussi que certaines personnes vont me manquer énormément, ce qui n'était pas le cas l'année dernière, des personnes qui, d'ailleurs, sont dans ma vie depuis peu de temps, mais avec qui je me suis senti en confiance très rapidement, avec qui je ne demande jamais si ça fonctionne entre nous, parce que quand on a des amis, on ne se pose pas ce genre de questions (comme quand on est amoureux d'ailleurs). Ma famille aussi, beaucoup je pense ...
Je viens d'arriver, je me repose, je mange bien, il va falloir reprendre vite des forces, parce que cette ville n'est pas si différente de Paris, elle vous demande beaucoup d'énergie sans forcément vous la rendre sans conditions ... Mais je la crois plus agréable pour le climat, et pour la possibilité qu'elle donne de crier, faire du bruit, sauter, danser, rigoler, chanter, ... vivre.
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Je me sens beaucoup plus tranquille que l'année dernière, plus serein, plus posé. Je ne suis pas tout seul non plus. Je parle autrement mieux portugais du Brésil, pour avoir passé tout mon temps en France avec des brésiliens de toutes sortes, et fuit énormément le milieu français du samba.
Je sais aussi que certaines personnes vont me manquer énormément, ce qui n'était pas le cas l'année dernière, des personnes qui, d'ailleurs, sont dans ma vie depuis peu de temps, mais avec qui je me suis senti en confiance très rapidement, avec qui je ne demande jamais si ça fonctionne entre nous, parce que quand on a des amis, on ne se pose pas ce genre de questions (comme quand on est amoureux d'ailleurs). Ma famille aussi, beaucoup je pense ...
Je viens d'arriver, je me repose, je mange bien, il va falloir reprendre vite des forces, parce que cette ville n'est pas si différente de Paris, elle vous demande beaucoup d'énergie sans forcément vous la rendre sans conditions ... Mais je la crois plus agréable pour le climat, et pour la possibilité qu'elle donne de crier, faire du bruit, sauter, danser, rigoler, chanter, ... vivre.
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lundi 6 avril 2009
Je suis rentré il y a un mois jour pour jour ...
Et c'est pas facile de revenir d'un endroit qu'on ne voulait pas quitter, pour arriver dans un endroit qu'on ne voulait pas retrouver.
Je me suis tout de suite regroupé sur la famille, mes parents, Sophie, ma sœur, mon frère, mes cousins Druot, pour réussir à ne pleurer que tout les deux jours.
Je vis depuis un mois une crise émotionnelle très forte, qui remonte de 15 ans en arrière. Elle me parle de moi adolescent, de moi en couple, de moi rencontrant Rio de Janeiro, etc ... Je vous évite les détails, mais je sais et je sens que cette période va donner des jolis fruits si j'arrive à la gérer.
C'est une tempête d'émotion. Si je passe le mauvais temps, et que je retrouve le soleil, je serai autrement plus armé pour affronter ma vie ...
Ce sont donc deux anniversaires que je viens fêter sur ce blog : je suis rentré il y a un mois du Brésil, le Vendredi 6 Mars 2009, et j'ai embrassé une jolie italienne il y a un an, le Dimanche 6 Avril 2008, je m'en souviens comme si c'était hier, il a neigé pendant qu'on faisait l'amour ... c'était notre première nuit.
Je me suis tout de suite regroupé sur la famille, mes parents, Sophie, ma sœur, mon frère, mes cousins Druot, pour réussir à ne pleurer que tout les deux jours.
Je vis depuis un mois une crise émotionnelle très forte, qui remonte de 15 ans en arrière. Elle me parle de moi adolescent, de moi en couple, de moi rencontrant Rio de Janeiro, etc ... Je vous évite les détails, mais je sais et je sens que cette période va donner des jolis fruits si j'arrive à la gérer.
C'est une tempête d'émotion. Si je passe le mauvais temps, et que je retrouve le soleil, je serai autrement plus armé pour affronter ma vie ...
Ce sont donc deux anniversaires que je viens fêter sur ce blog : je suis rentré il y a un mois du Brésil, le Vendredi 6 Mars 2009, et j'ai embrassé une jolie italienne il y a un an, le Dimanche 6 Avril 2008, je m'en souviens comme si c'était hier, il a neigé pendant qu'on faisait l'amour ... c'était notre première nuit.
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