Les mois passent et je ne me rends finalement plus compte que je suis au Brésil, à Rio de Janeiro. Sentiment assez compréhensible je pense, assez logique. Mon quotidien semble avoir retrouvé son apparence habituelle, celle qu’elle a toujours eue. La grosse différence finalement, c’est la façon dont je perçois ma vie au quotidien.
Rio de Janeiro, cette ville qui ne m’intéressait guère quand j’étais adolescent. Elle m’apparaissait comme la cité d’un grand bordel annuel et comme la capitale mondiale du « futebol » et des filles en string. A l’époque j’étais plutôt branché Beatles et Grèce antique. Elle a ensuite successivement pris la forme d’un rêve de ville de culture populaire, le samba, le contact, le sentiment fort de vie, puis très vite, la forme d’un cauchemar de ville de grandes solitudes, où l’on « replonge dans la multitude au pas cadencé » comme disait Sardou dans les années 70.
Parallèlement, un autre sentiment a commencé à naitre en moi. Pendant que mourrait petit à petit le rêve adolescent d’un endroit idéal à ma personne, est apparu un certain calme intérieur, une forme de stoïcisme inattendue. Je ne crois pas être de ce genre de caractère serein, assumant les difficultés comme une simple métaphore des marches de l’accomplissement. Mon coté émotif m’en avait toujours empêché. Il semble que pour moi ça aura été plus compliqué d’arriver à manifester ce genre de comportements. Le mécanisme est présent depuis le tout début de mes voyages, à vrai dire peut-être même depuis mon arrivée à Paris, et semble avoir attendu cette année 2010 pour finir son processus. Une thérapie cognitivo-comportementale par immersion progressive au final. Pour un ex-étudiant en psycho qui avait choisi comme spécialisation la psychologie clinique, l’autre école de pensée dans cette guerre des psychologies entre neuro-cognitivistes suffisants et défenseurs des « tables de la loi » de l’entretien clinique gravées par Freud, Jung, Lacan et consort, c’est un sacré clin d’œil.
Depuis quelques temps, je me sens homme, comme remis dans ma perspective réelle. Je suis un homme, j’ai été préparé pour ça, de la race des humains. Et tout ça me parait complètement juste, normal, logique et irréfutablement vrai. D’une certaine façon, je crois que mon égo me laisse beaucoup plus en paix ces derniers temps. Mon idéalisme semble avoir arrêté de déconstruire ma vie, peut-être aussi par manque de matériel à détruire à force, et l’homme-jésuite que la nature et mon père ont programmé que je sois semble arriver à maturité.
C’est marrant le destin, ou plutôt notre capacité à tracer des lignes intelligibles a posteriori sur le passé, mais je pense à Paulo Coelho, auteur brésilien de son état, que ma mère m’avait conseillé.
« L’Alchimiste » est un roman à tendance philosophique, le genre de livre que je ne lis pas à cause de leur coté dogmatique. J’avais finalement lu ce livre et avec un certain plaisir pour le souvenir que j’en ai. C’était il y a plus de 15 ans.
Le « pitch » c’est l’histoire d’un jeune berger andalou qui rêve d’un trésor au pied des pyramides et qui va entreprendre d’aller le trouver sur place. Parcours initiatique au programme donc. Lui parle de « retrouver sa légende personnelle ». Un autre clin d’œil en somme. Paulo m’avait déjà tout expliqué. J’avais cherché un « ici mieux là-bas », pour finalement découvrir un « ailleurs », que j’ai aimé. Aujourd’hui je commence à accepter la possibilité permanente d’un « ailleurs », sentiment indispensable, s’il en est, à se sentir bien « ici ».
Et pour finir je ne peux pas ne pas évoquer « La Danse de la réalité » d’Alejandro Jodorowsky, qui pourrait ressembler à son mystique voisin d’Amérique du sud, mais qui est définitivement bien plus. Je vous laisse avec cette phrase qui fait la 4ème de couverture de mon édition : « M'étant séparé de mon moi illusoire, j’ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie ».
@ plus tard
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